La justice et la loi

Lorsqu’on s’intéresse à la relation entre la loi et la justice, on voit d’emblée que la loi, en un sens juridique, est le moyen de faire respecter la justice — en tant qu’idée — dans une société. En effet, celui qui ne respecte pas la loi, commet une injustice, et sera ainsi jugé selon la loi. La notion de loi est donc à la fois ce qui délimite le champ de l’action juste pour le citoyen, et ce qui prévoit les sanctions en cas de non-respect de ces limites (droit pénal). Ainsi et idéalement, il devrait y avoir coïncidence entre l’idée de justice (théorique) qui en appelle souvent à des conceptions individuelles et les exigences de la loi (pratique).
Cependant, cette idée selon laquelle la loi serait le reflet de la justice n’est pas si évidente. Ne nous arrive-t-il pas d’ailleurs de contester la loi – ce qui est de l’ordre du légal – au nom d’une conception différente de la justice – ce qui nous paraît légitime ? Quand par exemple, la loi prévoit des sanctions exorbitantes selon notre sens moral pour des délits minimes en se justifiant par l’exemplarité (pensons à Jean Valjean, condamné au bagne, pour avoir volé du pain). Ou quand par le jeu complexe des lois, certains commettent des actions immorales et pourtant tolérés juridiquement (pensons par exemple aux vices de forme qui annulent des procédures judiciaires en cours). Il s’agit alors d’interroger l’identité entre légalité et justice (c’est-à-dire se demander si ce qui est légal correspond bien à ce qui est juste). Apparaît alors une certaine ambivalence de la justice : entre, d’une part, la justice positive et objective de laquelle émane la loi, et, d’autre part, la justice subjective, l’intime conception du juste. En d’autres termes, il s’agit là de l’écart entre une morale individuelle et politique collective.

 


 

D’une part, la loi est l’incarnation de la justice comme en témoigne le nom même de l’institution garantissant la réalisation de la loi. Mais d’autre part, l’écart entre l’idée de justice et la réalisation de la justice par la loi semble être condamné à être un hiatus. Ainsi de deux choses l’une : ou bien nous pouvons soutenir une telle identité (réalisée ou recherchée) du légal et du légitime, ou bien il nous faut admettre qu’un écart irrésorbable sépare la justice qui est (par la loi) de celle que nous pensons devoir être.